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First Class – Myriam Bouchard – Les Editions du Sémaphore – 150 pages

 

Mariel, Montréalaise, part pour l’Inde. Elle part pour ce voyage initiatique, fantasme rituel d’occidentaux en mal d’authenticité.

Dès qu’elle s’assied dans l’avion, c’est en première classe que tout va se dérouler. Presque tout sera First Class.

Arrivée en Inde, elle va immédiatement s’immerger dans la pauvreté, la puanteur des rues, les chambres d’hôtel aux lits infestés de punaises, les mendiants, les trains qui débordent de voyageurs.

Au détour d’une rue bondée de monde, Mariel achète à une vieille femme une gravure. C’est cette représentation d’un temple hindu cerné du signe Om qui l’emmène à Omkareswar.

Sur-fréquentée par les touristes et les pèlerins, la ville offre néanmoins un temple magnifique. Abordée par Esther, touriste parisienne sans retour, Mariel est amenée au cœur du temple. C’est la révélation lorsqu’elle rencontre Guruji, un saddhu (un saint) un peu gourou.

 

A partir de cet instant naît une amitié sans limite de Guruji pour Mariel. C’est cette amitié qui lui fera vivre l’expérience la plus spirituelle, la plus enivrante, la plus terrible, la plus horrible de toute son existence.

Il est indéniable que ce voyage initiatique aura tenu toutes ses promesses et bien au-delà . On ne rentre pas d’un tel voyage indemne, Mariel en découvrira la funeste issue.

 

 

On embarque tout de suite avec Mariel pour ce voyage au pays de Shiva. Dès les premières lignes on s’envole avec elle, et pour peu qu’on ait déjà décollé depuis Montréal on se représente très bien les émotions ressenties par le personnage.

Ce roman narratif, rédigé à la première personne, ne fait aucune concession quant aux descriptions des lieux, des détails des situations. Parfois le ton est grave, triste, dramatique et drôle, parfois il est agacé, impatient, angoissé et libéré. On lit l’intrigue comme on regarde un film : tous les éléments sont là, prennent leur bonne place et font un texte très réaliste et dynamique.

 

On est emmené dans ce rythme jusqu’à la fin avec une nette accélération sur la dernière partie. La conclusion est aussi brutale que l’issue de l’aventure. On pourrait le déplorer mais finalement elle symbolise bien le vide laissé par le drame final.

 

On découvre un visage intérieur de l’Inde, inconnu et décalé des représentations sereines qu’on peut en avoir ; mais surtout on assiste au choc de deux mondes, de deux cultures.

Myriam Bouchard a su, avec brio, décrire les couleurs, les odeurs, les sons, les bruits, les cris, les larmes et les rires. Elle a su écrire les silences, les vides et les souffrances.

 

C’est un bon roman. Seule ombre au tableau, si le lecteur n’est pas bilingue anglophone de base, il ne comprendra pas certains dialogues uniquement rédigés en anglais. C’est dommage. J’ai également trouvé que la fin était rapide, le roman aurait mérité plus de cérémonie avant d’être refermé.

Malgré tout j’ai passé un agréable moment de lecture. Un moment First Class

 

Citation :

« Somme toute, à la longue, ce trajet fit de moi une véritable guerrière. Les questions existentielles se mirent à me tarauder : qui étais-je, sinon un ramassis de choses apprises ? Quelle triste constatation, surtout que je ne valais plus rien : tout était à réapprendre. » - p.13

 

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Avec ce onzième roman j'ai rempli mon contrat pour le défi "Cent Pages", je passe donc de la catégorie "Bavardages" à la catégorie "Envol".