Le_monde_de_Sophie

Le Monde de Sophie - Jostein Gaarder - Éd. Seuil - 544 pages

 

4ème de couverture

"Qu'est ce qu'il y a de plus important dans la vie? Tous les hommes ont évidemment besoin de nourriture. Et aussi d'amour et de tendresse. mais il y a autre chose dont nous avons besoin: c'est de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons."

 

Voilà un roman dont j'ai entendu maintes fois parler depuis plus de 20 ans, voilà un roman autour duquel j'ai tourné longtemps avant de ma décider à y plonger. Jostein Gaarder est l'auteur favoris de ma fille aînée, cela fait des fois et des fois qu'elle m'incite à le lire. J'avais fait une première expérience avec "Le Mystère de la Patience" et ce avec plaisir.

Cet opus est venu à moi lors d'une foire aux livres usagés. L'exemplaire paraît comme neuf, l'occasion est trop belle, je le fais mien.

Sophie, jeune fille à la veille de ses 15 ans, rencontre un mystérieux personnage qui lui propose de l'initier aux questions existentielles de la vie, en un mot de lui faire explorer les voies de la philosophie.

Très vite Sophie, se prend au jeu et découvre combien les enseignements para-scolaires de ce personnage haut en couleurs, lui sont bien plus éclairants que ses cours académiques et trop formatés.

L'intrigue se complique lorsqu'une sorte de dédoublement de personnalités semble atteindre les deux protagonistes. Une lecture-rallye s'amorce alors pour le lecteur. Sorte de promenade dans le dédale entre conscience et inconscience, réalité et imaginaire.

 

Mes impressions:

Le style est toujours aussi agréable, fluide sans être simpliste, précis et efficace. Jostein Gaarder a ce savoir faire de la vulgarisation de concepts parfois complexes, il permet au lecteur de lâcher prise face à une éventuelle difficulté face à la démarche philosophique. Les situations d'abord banales du quotidien de la jeune Sophie, nous amènent presque sournoisement à découvrir la complexité de chaque fait auxquels nous finissons par n'accorder aucune importance. Discrètement, l'auteur pose les questions, sème le doute et appelle le lecteur à tenter l'aventure de la réponse. La manoeuvre fonctionne à merveille et ça en devient presque magique de voir à quel point être philosophe devient aisé et à la portée de tous.

J'ai beaucoup apprécié la lecture et le voyage jusqu'à la moitié du roman, et tant que le punch de l'histoire n'est pas dévoilé. Après, je me suis un peu ennuyée, le mystère ne tenant plus, on assiste vite à un cours plus normé de philosophie ou Sophie devient juste le tourneur de page.

Néanmoins, je trouve que le concept de ce roman est remarquable et que sa lecture aurait sa place (si ce n'est pas déjà le cas) dans les classes. Il permet d'ouvrir l'esprit à la démarche philosophique, sans douleur, sans a priori, juste avec plaisir.

J'ai lu ce roman à l'automne, écrire ce billet en ce mois de janvier, après les attentats de Paris, prend une saveur tout autre.... 

J'avais noté quelques citations mais finalement je ne retiendrai qu'un passage:

"[pour Sartre] L'homme est condamné à être libre, dit-il. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et cependant libre. Car une fois qu'il est jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.

- Nous n'avons demandé à personne de nous créer  en tant qu'individus libres.

- C'est bien l'avis de Sartre». Mais de fait, nous sommes des individus libres et notre libertés fait en sorte que nous sommes toute notre vie condamnés à faire des choix. Il n'existe aucune valeur ou norme éternelle pour nous guider. D'où l'importance du choix. Nous sommes entièrement responsables de nos actes. Sartre insiste beaucoup sur ce point: l'homme ne peut rejeter la responsabilité de ses propres actes sur autrui ou sur autre chose. Nous devons assumer nos propres choix et non prétendre que nous "devons" aller travailler ou que nous "devons" tenir comptes des convenances de la société bourgeoise pour savoir comment nous allons vivre. Quelqu'un qui subit ces pressions de l'extérieur devient un être anonyme qui se fond dans la masse. Cette personne se ment à elle-même pour entrer dans le moule, elle se réfugie dans la mauvaise foi. La liberté de l'homme, au contraire, nous pousse à devenir quelque chose, à être autre chose que des pantins, à exister véritablement, de manière "authentique". " - page 484