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L'homme à la colombe - Romain Gary (Fosco Sinibaldi) - Éd. Gallimard -167 pages

 

Vous le savez , si vous me suivez, mon auteur préféré est définitivement Romain Gary. 

Cette année nous soulignons le 100ème de sa naissance (8 mai 1914), j'ai eu envie de relire ce petit roman léger, enfin... pas tant que cela finalement... C'est le premier roman pour lequel Gary utilise un nouveau pseudonyme, devoir de réserve oblige pense-t-on; je n'en suis pas sûre. Quant on connait le personnage, on peut supposer facilement que Fosco Sinibaldi est un galop d'essai avant Shatan Bogat et le magistral Emile Ajar.

"Au milieu des années cinquante, Gary est déjà obsédé par l'idée d'une supercherie littéraire. En 1958, il a publié L'homme à la colombe, satire vitriolique des Nations Unies inspirée de son éprouvant passage dans l'institution comme porte-parole de la délégation française. Il ne peut signer le livre de son nom, empêché par le devoir de réserve. Il pense donc à faire signer le livre par un tiers, qui refusera de se prêter au jeu. Au Texas, Gary contacte un compagnon du temps de Londres pendant la guerre, Paul Sinibaldi, pour lui demander d'incarner l'auteur. Nouveau refus. Gary se résout alors à simplement signer le livre d'un pseudonyme, Fosco Sinibaldi. Le livre passera inaperçu, et Gary mettra encore une vingtaine d'année pour réaliser ce fantasme de l'invention d'un roman et de son auteur" (Benoît Desmarais - Romain Gary , l'impossible dérobade - Becker Associates)


L'O.N.U. est en effervescence, un clandestin est dans ses murs mais personne ne sait où il se cache dans ce vaste labyrinthe de bureaux. Personne? Non, un vieux chef indien Hopi devenu cireur de chaussure , Frankie la secrétaire texane et 3 acolytes mafieux savent exactement où se planque Johnnie, ancien vétéran, originaire du Texas, cow-boys et cavalier émérite qui a décidé d'élire domicile de l'immeuble de la paix. Pour animal de compagnie, il a sa colombe.

Johnnie  veut montrer au monde, le vrai visage de l'Amérique, pays dominateur sur le déclin, devenu trop matérialiste, vide de toute spiritualité et sans humanité.

Il met sur pied une vaste supercherie qui va bouleverser l'organisation mondiale. Qui réussira-t-il à berner?

 

Ce petit roman se lit quasiment d'une traite. Comme à son habitude, Gary sait manier l'humour et le sarcasme dans ses phrases, ni trop ni trop peu, juste asez pour faire sourire et rire, et presque nous faire oublier la triste réalité de ce qu'il nous donne à lire. Car enfin, c'est bien l'absurdité politique humaine que Gary nous met sur la table. Le texte est incisif, clair, sans équivoque: Gary qui est lors de cette écriture en poste de diplomate, fait une satire acerbe de son patron!

Quel moment de lecture agréable, rire encore une fois et se surprendre à sourire en se disant combien ce roman est actuel...Ô combien! Il n'apas pris une ride, il serait même un tantinet prémonitoire... Bref, c'est un bonbon!

 

Citations:
"... Les meilleurs articles d'exportation et de consommation, les Nations Unies l'ont bien prouvé, ce sont les pieux mensonges, les grands mots creux, les belles idées sans contenu pratique, les missions spirituelles, les escroqueires morales - là il n'y a qu'à dire Liberté, Égalité, Fraternité- , ils se présentent tout se suite, le coeur à la main, il n'y a qu'à tout ramasser." - page117

 

"Les choses les plus concrètes deviennent ici [aux Nations Unies] des abstractions - le pain, la paix, la fraternité, les droits de la personne humaine - les choses les plus solides se volatilisent et deviennent des mots, de l'air, une tournure de style - on en parle et à la fin, tout cela devient une abstraction, on peut passer la main à travers: il n'y a plus rien. c'est la méthode classique qu'emploie l'Organisation pour se débarasser des problèmes" - page 161