La Part Manquante

L'île du serment

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L'île du serment - Peter May - Éd du Rouergue - Coll. Rouergue Noir - 424 pages.

 

4ème de couverture (extrait):

De mémoire d'homme, aucun meurtre n'a jamais eu lieu sur l'île d'Entrée, située dans l'archipel de la Madeleine, à l'est du Canada, et peuplée par une poignée de familles d'origine écossaise pour la plupart. Jusqu'à cette nuit de tourmente où James Cowell est poignardé à mort. Sa femme prétend qu'un assaillant s'en est pris à elle avant de tuer son mari, mais tous suspectent cette épouse d'un couple vacillant. Tous, saus Sime Mackenzie. Seul anglophone parmi les enquêteurs envoyés sur place, il éprouve un chos en découvrany Kirsty Cowell. Le sentiment irréfutable de la connaître depuis toujours. [...]

 

Un nouveau livre offert par ma meilleure amie, celle qui ne se trompe jamais, celle si me donne de grands moments de lecture! Une fois encore, bien que le style littéraire: le polar, ne soit pas ma tasse de thé, je me suis plongée dans ce roman, confiante! 
Un bon polar, pas un thriller. Une bonne enquête de terrain avec des flics qui ressemblent à des gens normaux... normaux oui, tellement! Avec leur tracas de la vie, leurs doutes, leurs certitudes.
Sime Mackenzie, flic en pleine dépression suite à une séparation conjugale, se retrouve en plein milieu des Îles de la Madeleine, dans ce que le Québec a à la fois de plus hostile et de plus beau sans doute dans ces paradoxes climatiques, de paysages, et d'Histoire. L'île d'Entrée, comme son nom l'indique, une des première croisée depuis la nuit des temps par tous les aventuriers venus par la mer. Sime Mackenzie, descendant  d'une de ces familles écossaises expulsées des Hybrides extérieures durant la famine de la pomme de terre qui frappa le Royaume-Uni et l'Irlande du XIXème siècle. Kirsty Cowell, épouse mystérieuse, accroché à son île de façon viscérale sans qu'elle sache tout à fait pourquoi. Sime Mackenzie, québécois anglophone de langue maternelle et francophone de langue nationale, parachuté au coeur de la communauté anglo des Maritimes, comme si sa réalité Montréalaise s'inversait comme sur un négatif. Deux cultures, deux solitudes. Car ce roman est à la fois celui d'un meurtre mais aussi d'un exode, du passé d'une Europe à la rencontre d'une Amérique.

"C'est notre héritage, notre culture. Et quand on est minoritaire, on a tendance à protéger ces choses-là, à les entretenir, à les défendre. Comme la minorité française au Canada."

Sime et Kirsty vont incarner ce pont entre le Vieux et le Nouveau Monde, l'une par un serment loyal envers son île, l'autre par le serment de faire jaillir la vérité; mais surtout celle de comprendre pourquoi il lui semble connaître Kirsty.
La petite et la grande histoire se  réuniront dans le dénouement de ce roman à la fois policier, historique et régional.

 

J'ai ouvert le livre et j'ai lu sans le refermer avent la dernière ligne.

COUP DE COEUR!

 

 

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Les trésors de la mer Rouge

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Les trésors de la mer Rouge - Romain Gary - Éd Gallimard 1971 - Coll. Blanche -  115 pages

 

Pas de 4ème de couverture pour cette première édition de ce récit. C'est un mystère total, une énigme dans laquelle on plonge volontairement. Mais comme c'est un Gary, on ne prend pas grand risque, on ne sera pas déçu. 
Ce texte était prévu pour être une série de reportages pour France-Soir en 1970. Il sera finalement édité par Gallimard en décembre 1971.

Gary , sur sa moto entreprend un voyage des plus insolites sur la corne africaine, à la recherche d'un ex-capitaine de l'OAS devenu fou.

Il commence son périple sur ce territoire de Djibouti, coincé entre Érythrée, Éthiopie et Somalie, sur les bords de la Mer Rouge. Djibouti, territoire créé de toute pièce par le colonialisme français qui,dans ces années 70, vit la fin de l'occupation métropolitaine après les revendications violentes d'indépendance. Gary regarde ce pays en posant la question de la colonisation et de ses conséquences. Il le regarde à la fois dans ses richesses naturelles et dans ses dégâts européens.

" - Qu'est ce que la France fout ici, Ponchardier? [...]

- [...] tu verras ici l'armée de l'Empire mort. A l'état d'échantillon. Elle se rend en quelque sorte les derniers honneurs. Une espèce de musée... Trois mille hommes, mais tout y est... Il ne manque que le Père Foucault. Nous mettons ici le point final à l'ère des empires coloniaux et nous veillons à ce que ce point soit lumineux...

Vous me direz: nous avons déjà entendu cette chamson. Que le colonialisme ait été un échec, pour le constater, il suffit de parcourir l'Afrique indépendante: tout ce qui ici n'arrive pas à naître, à reconstruire, c'est notre oeuvre." - p.15

Gary, toujours chevauchant sa moto nous emmène jusqu'au Yémen, nous faisant longer les côtes de la mer Rouge... on est surpris à fermer les yeux et découvrir les paysages.

"J'ai vu tous les océans sauf l'Arctique et l'Antartique; mais la mer Rouge a une magie unique, celle de tous les échos, mystères et senteurs de l'Arabie. La côte du Yémen, en face, fut il y a  quinze ans, la plus interdite du monde. Sur ces euax qui n'ont de rouge que le sans du soleil flotte je ne sais quelle absence, je ne sais quelle prenante nostalgie. De Suez à l'Éthiopie, de La Mecque à l'océan Indien, les côtes désertiques nourrissent d eleur vide une poésie étrange comme un chant silencieux de l'Islam. De ces rives sont partis les conquérants du Maghreb et de l'Espagne, et chaque rayon étincelant du soleil évoque les sabres des cavaliers du Prophète." - p.26

Comme toujours, les images de Gary, la précision de son écriture laissent place à sa claivoyance et son intemporalité. Quelque soit la lecture, j'ai sans cesse cette impression à la fois surprenante et pathétique de lire des lignes du présent alors qu'elles ont des décennies. Le Yémen ...parsemé de représentations de Mao..

" Sanaa est un mélange de Venise et de Babylone, à près de trois mille mètres d'alitude.
[...] Car c'est ici qu'ils sont nés avant de peupler les désert, ces ascètes de l'Islam qui ont subjugués le Maghreb et l'espagne... Les bâtisseurs d'empires occidentaux se sont tous cassés les dents sur ce Yémen-là. C'est en vain que les officiers britanniques dy type Lawrence d'Arabie rêvaient amoureusement de ses durs guerriers et de la virilité de cet univers sans féminité, dont les jeunes gens sont d'une beauté qui éveille en moi la nostalgie de leurs filles et soeurs, que l'ont ne voit jamais. Les femmes, ici, ne se contentent pas de se voiler le visage: des triangles de gaze dérobent aussi leurs yeux ..." - p 75-77

Au gré de ses rencontres toutes plus insolites les unes que les autres (militaires en attente de démobilisation, anciens combattants nostalgiques, putains échangées contre des chameaux, bédouins perdus dans les vapeurs de khat) Gary nous met en contact avec ce monde en plein changements entre occupations et indépendances, aux prises avec le vide que seuls les vestiges patrimoniaux remplissent, où la folie des hommes succèdent à la folie des hommes, où seul le regard d'une fillette peut nous ramener à la raison tant sa beauté est pleine d'espoir.

"Le troisième jour - ou le cinquième- je me suis débarrassé de mes frusques et j'ai revêtu une jupe fouta et le fermier m'a ceint le front d'un bandeau blanc Et savait-il lui-même que c'est un signe ancien d'intouchabilité, une proclamation d'hospitalité accordée?''' Jamais encore je n'avais érpouvé à ce point le sentiment de n'être personne, c'est à dire d'être enfin quelqu'un... L'habitude de n'être que soi-même finit par nous priver totalement du reste du monde, de tous les autres "je", c'est la fin des possibilités... Je me mets à exister enfin hors de moi, dans un monde si entièrement dépourvu de ce caractère familier qui vous rend à vous-même, vous renvoie à vos petits foyers d'infection... J'avais enfin fini ma transhumance." - p.102

 

Comme je le disais en préambule, aucune déception à la (re)lecture de ce récit de voyage. L'écriture est magnifique, l'implication du lecteur est immédiate, la plongée entre hier et aujourd'hui est garantie, le message est assuré! Pas une ride pour ces mots si actuels; on ne ressort pas indemne de cette lecture!

 

 

 

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Édith, reine des Saxons

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Édith, reine des Saxons - Regine Sondermann - traduit de l'allemand par Karine Voigt - Éd Amazon - 208 pages

 

4ème de couverture (extrait):

" Vous voulez m'aimer, mais vous ne me connaissez pas"
C'est par ces mots que la Reine Édith commence son récit, qu'elle nous adresse aujourd'hui la parole, à plus de mille ans de distance. L'auteur magdebourgeoise, Regine Sondermann, transporte le lecteur dans le Moyen-Âge encore jeune, aux côtés d'une femme, dont on ne connaissait jusqu'à présent que peu de choses...

 

Passionnée par le Moyen-Âge, l'invite que j'ai reçu ,de la part de Karine Voigt, de lire ce roman m'a immédiatement enthousiasmée. 

Édith (912-946) , épouse anglaise de l'empereur saxon Othon Ier , nous rapporte ici ses mémoires, son histoire si médiévale en cette fin du Haut Moyen-Âge.  

Elle nous projette sans concession ni autre forme de procès dans les réalités politiques et géo-stratégiques de cette Europe en construction, dont l'avenir et la stabilité semblent tenir au bon choix des alliances faites par les mariages.


Édith de Wessex est de ces femmes là qui ont été malgré elles, les ciments des frontières des Empires successifs qui ont fondé l'Europe. Au gré des descriptions de la vie médiévale, de sa cruauté , de ses intrigues de Cour, de ses trahisons fraternelles, le récit d'Édith nous fait toucher du doigt la réalité de la condition féminine au Xème siècle. Avant tout dot, la femme royale amène avec elle, les territoires, les ost, les trésors nécessaires à assoir les hégémonies des hommes de pouvoir. Avant tout génitrice, elles sont les garantes des lignées, de l'incription dans l'Histoire de la continuité des liens du sang et des droits au sol. Sans elles, sans leur présence, sans leur ventre, le Prince n'est rien, il n'a aucun espoir de puissance!

La force de ces femmes royales, à l'instar de leur soeurs du petit peuple, est dans la production d'enfants, les mâles pour succéder à leurs pères et les filles pour apporter les alliances.

Mais Édith a un atout de plus, celui de posséder la lecture et l'écriture. Elle saura assoir son pouvoir, dans sa volonté d'instruire les enfants et ainsi leur donner un pouvoir bien plus grand que celui des armes: celle de la raison et de la conscience.

La découverte de cette reine méconnue m'a plu. J'ai beaucoup appris. J'ai malgré tout été mal à l'aise avec certains personnages qui portent le même prénom et pour lesquels les précisions de l'écriture de l'auteure manquent pour pouvoir les distinguer. C'est dommage.
Par ailleurs, le style du texte n'est pas suffisamment franc pour le qualifier totalement de roman. Certes, s'agit d'une projection de l'auteur de l'histoire d'Édith à travers des documents retrouvés mais cela tient plus d'un journal que d'un roman. J'ai trouvé qu'il manquait du lien entre les chapitres. Mais une fois cette déconvenue dépassée l'écrit est plaisant et de bonne qualité.

Il fallait oser cet exercice afin de restituer sa place légitime à cette reine qui comme bien d'autres sont des oubliées de l'Histoire alors que sans elles, l'Histoire ne se serait pas faite! Regine Sondermann a redonné à cette Reine des Saxons ses lettres de noblesse.

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Le Monde de Sophie

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Le Monde de Sophie - Jostein Gaarder - Éd. Seuil - 544 pages

 

4ème de couverture

"Qu'est ce qu'il y a de plus important dans la vie? Tous les hommes ont évidemment besoin de nourriture. Et aussi d'amour et de tendresse. mais il y a autre chose dont nous avons besoin: c'est de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons."

 

Voilà un roman dont j'ai entendu maintes fois parler depuis plus de 20 ans, voilà un roman autour duquel j'ai tourné longtemps avant de ma décider à y plonger. Jostein Gaarder est l'auteur favoris de ma fille aînée, cela fait des fois et des fois qu'elle m'incite à le lire. J'avais fait une première expérience avec "Le Mystère de la Patience" et ce avec plaisir.

Cet opus est venu à moi lors d'une foire aux livres usagés. L'exemplaire paraît comme neuf, l'occasion est trop belle, je le fais mien.

Sophie, jeune fille à la veille de ses 15 ans, rencontre un mystérieux personnage qui lui propose de l'initier aux questions existentielles de la vie, en un mot de lui faire explorer les voies de la philosophie.

Très vite Sophie, se prend au jeu et découvre combien les enseignements para-scolaires de ce personnage haut en couleurs, lui sont bien plus éclairants que ses cours académiques et trop formatés.

L'intrigue se complique lorsqu'une sorte de dédoublement de personnalités semble atteindre les deux protagonistes. Une lecture-rallye s'amorce alors pour le lecteur. Sorte de promenade dans le dédale entre conscience et inconscience, réalité et imaginaire.

 

Mes impressions:

Le style est toujours aussi agréable, fluide sans être simpliste, précis et efficace. Jostein Gaarder a ce savoir faire de la vulgarisation de concepts parfois complexes, il permet au lecteur de lâcher prise face à une éventuelle difficulté face à la démarche philosophique. Les situations d'abord banales du quotidien de la jeune Sophie, nous amènent presque sournoisement à découvrir la complexité de chaque fait auxquels nous finissons par n'accorder aucune importance. Discrètement, l'auteur pose les questions, sème le doute et appelle le lecteur à tenter l'aventure de la réponse. La manoeuvre fonctionne à merveille et ça en devient presque magique de voir à quel point être philosophe devient aisé et à la portée de tous.

J'ai beaucoup apprécié la lecture et le voyage jusqu'à la moitié du roman, et tant que le punch de l'histoire n'est pas dévoilé. Après, je me suis un peu ennuyée, le mystère ne tenant plus, on assiste vite à un cours plus normé de philosophie ou Sophie devient juste le tourneur de page.

Néanmoins, je trouve que le concept de ce roman est remarquable et que sa lecture aurait sa place (si ce n'est pas déjà le cas) dans les classes. Il permet d'ouvrir l'esprit à la démarche philosophique, sans douleur, sans a priori, juste avec plaisir.

J'ai lu ce roman à l'automne, écrire ce billet en ce mois de janvier, après les attentats de Paris, prend une saveur tout autre.... 

J'avais noté quelques citations mais finalement je ne retiendrai qu'un passage:

"[pour Sartre] L'homme est condamné à être libre, dit-il. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et cependant libre. Car une fois qu'il est jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.

- Nous n'avons demandé à personne de nous créer  en tant qu'individus libres.

- C'est bien l'avis de Sartre». Mais de fait, nous sommes des individus libres et notre libertés fait en sorte que nous sommes toute notre vie condamnés à faire des choix. Il n'existe aucune valeur ou norme éternelle pour nous guider. D'où l'importance du choix. Nous sommes entièrement responsables de nos actes. Sartre insiste beaucoup sur ce point: l'homme ne peut rejeter la responsabilité de ses propres actes sur autrui ou sur autre chose. Nous devons assumer nos propres choix et non prétendre que nous "devons" aller travailler ou que nous "devons" tenir comptes des convenances de la société bourgeoise pour savoir comment nous allons vivre. Quelqu'un qui subit ces pressions de l'extérieur devient un être anonyme qui se fond dans la masse. Cette personne se ment à elle-même pour entrer dans le moule, elle se réfugie dans la mauvaise foi. La liberté de l'homme, au contraire, nous pousse à devenir quelque chose, à être autre chose que des pantins, à exister véritablement, de manière "authentique". " - page 484

 

 

 

 

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LIBERTE

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Le sens de ma vie

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Le sens de ma vie - Romain Gary - Éd. Gallimard - Coll. blanche - 101 pages

 

4ème de couverture:

«Je pense ne plus avoir assez de vie devant moi pour écrire une autre autobiographie." Ces paroles, dans cet entretien accordé par Romain Gary à Radio-Canada, serrent le cœur. Peu de mois après l'enregistrement, il mettait fin à ses jours, le 2 décembre 1980. 


Si l'on retrouve, dans la présente transcription de cet entretien, bien des confidences, des anecdotes, des opinions déjà lues dans La Promesse de l'aube et La nuit sera calme, il faut le considérer comme le dernier état de son autobiographie, ou tout au moins de ce qu'il a bien voulu dévoiler de l'ambition, des espoirs, des succès et des humiliations qui ont fait sa vie.» 
Roger Grenier.

 

À l'occasion du centenaire de la naissance de Romain Gary, les éditions Gallimard ont publié deux opus inédits. Après Le vin des mortsvoici le second.

Bien sûr, pour une inconditionnelle comme moi de Romain Gary, lire un ultime témoignage relève plus du plaisir de retrouver les mots du "maître" que d'apprendre des nouveautés. Que nenni! Si les deux premières parties de cet entretien sont sans surprise, j'ai découvert des morceaux croustillants et inédits comme par exemple que Gary était co-scénariste de Le jour le plus long  aux côtés de Erich-Maria Remarque!

Bien sûr, pour une inconditionnelle comme moi de Romain Gary, je me suis, comme toujours, surprise à sourire sur certaines pensées, réflexions, anecdotes. Lire la transcription d'un entretien, lorsqu'on a eu la chance d'entendre la voix du "maître" c'est comme si on volait un instant suspendu, comme si on se laissait chuchoter à l'oreille. la voix est là. Oui! La lecture est poignante. Oui! La lecture est émouvante.

Et l'inconditionnelle s'est laissée surprendre par les derniers mots de Romain Gary, ces mots qui m'ont tiré quelques larmes car je sais que c'était la dernière confidence. Ces mots qui sont venus, lorsque j'y ai réfléchi, se poser sur cette impression silencieuse de savoir de quoi Gary parle lorsqu'il écrit. Ces mots qui sont venus confirmer que je suis (encore et toujours) sur la même onde et que c'est, sans plus de doute, la raison pour laquelle il est et restera mon auteur, le seul en fait. 

Je ne vous dévoilerai pas le sens de sa vie, selon lui. Je vous invite à le découvrir dans cet entretien, ou mieux: à travers la lecture de son oeuvre!

 

"On ne comprendra absolument jamais rien à mon oeuvre si l'on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d'abord des livres d'amour et presque toujours l'amour de la féminité. Même si j'écris un livre dans lequel la féminité n'apparaît pas, elle y figure comme un manque, comme un trou. Je ne connais pas d'autres valeurs personelles, en tant que philosophie d'existence, que le couple. Je reconnais que j'ai raté ma vie sur ce point, mais si un homme rate sa vie, cela ne veut rien dire contre la valeur pour laquelle il a essayé de vivre." - p 100

 

Je remercie mes trois filles pour ce cadeau précieux qu'elles m'ont fait, en me permettant la lecture de ce dernier opus et la joie de le compter parmi les autres volumes de Romain Gary dans ma bibliothèque.

 

 

 

 

 

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Le chant d'Achille

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Le chant d'Achille - Madeline Miller - Éd. rue fromentin - 383 pages

 

4ème de couverture:

Patrocle, jeune prince maladroit, est exilé à la cour du roi Pelée. Il y rencontre Achille, son exact contraire, doué pour tout ce qu'il entreprend. Malgré leurs différences, les deux jeunes hommes deviennent inséparables.
Quand débute la guerre de Troie, Achille part combattre. Tiraillé entre son amour pour son ami et la peur du danger, Patrocle décide de l'accompagner. La violence des hommes et des dieux transformera leur histoire en drame. (...)

 

Entre l'Odyssée et l'Illiade, j'ai toujours préféré la première plus en actions que la seconde qui se perd dans l'immobilisme de la guerre de Troie... mais Achille reste avec un de mes héros mythologiques favori. Un coeur d'artichaut dans un corps en armure... cet amour qui le perdra, tant pour la gloire que pour Patrocle.

Quel bonheur de lire autrement cet épisode de l'Illiade! La psychologie des personnages est décrite avec finesse et est dépeinte de façon tellement humaine. J'aime pouvoir imaginer les grands héros, les grands hommes de l'Histoire avec leurs faiblesses, leur doutes, leurs combats intérieurs.
On grandit avec les liens qui naissent et se tissent entre le roi des Myrmidons et l'ancien prince d'Oponte.

Lectrice passionnée par la mythologie grecque, j'ai retrouvé aisément mes référentiels, les acteurs, les protagonistes; je me suis laissée facilement faire par la proposition de l'auteure à aller dans le champ de l'intime des deux hommes, dans celui des hésitations de leurs coeurs, des convictions et de l'abnégation de leur sentiment, dans cette part d'humanité qui réduit quasiment à néant les interactions divines.

Bien qu'on connaisse l'issue funeste du chant d'Achille , j'ai aimé y parvenir par d'autres sentiers que ceux du poème tragique. Je sais maintenant que Patrocle n'erre plus entre Styx et Monde des vivants, il a bien rejoint Achille.

 

L'écriture est tendre, sensible, sensuelle et toujours respectueuse du lecteur, en laissant assez de place aux limites de son imaginaire. Les personnages sont décrits avec tant de subtilité que, quelque soit la nature de l'anagnoste, on peut s'identifier aux personnages.

Je crois que notre XXIème siècle a permis (à nouveau depuis l'Antiquité, il était temps!)  l'écriture de ces amours homosexuels, sans violence ni préjugé en les replaçant dans leur symbolique et leur sens social pour en faire un écrit emprunt de romantisme , comme il y a longtemps que j'en avais lu.

Achille et Patrocle, rappelons-le, étaient l'image du couple duquel se réclamaient Alexandre Le Grand et Héphaeston, autre couple mythique. 

 

COUPS DE COEUR!

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Une saison à Longbourn

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Une saison à Longbourn - Jo Baker - Éd. Stock - Coll. la cosmopolite - 394 pages

 

4ème de couverture:

Sur le domaine de Longbourn, vivent Mr et Mrs Bennet et leurs vénérables filles, en âge de se marier. À l'étage inférieur veillent des domectiques. Personnages fantomatiques dans le célèbre roman de Jane Austen, Orgueil et Préjugés, ils deviennent ici des êtres de chair et de sang qui, du matin au soir, astiquent, frottent, pétrissent et vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs bien-aimés patrons. Mais ce que les domestiques font dans la cuisine, sans êtres observés, pendant qu'Élizabeth et Darcy tombent amoureux à l'étage, relève d'eux seuls... Une histoire d'amour peut en cacher une autre, et qui sait un secret enfoui risque de ressurgir.

 

Je dois l'avouer: JE N'AI PAS LU "ORGUEIL ET PRÉJUGÉS" , voilà c'est dit! Ce n'est pas faute d'avoir essayé, et à plusieurs reprises. Je pense que je suis polluée, dans mes tentatives, par les adaptations télévisuelle (BBC avec Colin Firth) et cinématographique (avec Keira Knightley) que j'ai toutes les deux beaucoup aimé.

Bref, je ne suis dit que, peut-être, en attaquant la "lacune" par un autre biais serait facilitant. Car je suis bien décidée à ne pas laisser ce défaut de lecture en l'état: j'y arriverai !

Connaissez-vous Mr et Mrs Hills, Sarah et Polly? Non? Pourtant, ils sont bien là et ont tant à dire sur la famille Bennet, ses peines, ses joies et ses secrets.

Une saison à Longbourn est un roman vraiment bien amené. On lit en filigrane les filles Bennet, les crises de nerfs de Mrs Bennet, le blasé Mr Bennet, Charlotte, Darcy, Bingley, Collins, Whickham.... tous se retrouvent intacts ou découverts; parfois de façon insoupçonnable. Et c'est ce qui donne la dimension romanesque au livre.

J'ai été emportée par les personnages et agréablement précipitée dans l'ambiance victorienne, pardon austennienne, mais du point de vue des écuries et basse-cour. Ce qui donne une autre dimension au romantisme un peu étriqué de la fin XVIIIème. Même si on devine l'issue des intrigues, les chemins empruntés par l'auteure m'ont permis de me trouver bien dans cette lecture.


C'est un roman facile, reposant et plaisant. Certes ce n'est pas du Austen et à l'heure où l'on voit fleurir des titres évoquant les Darcy, Pemberley et autres Meryton, le défi était osé. Le résultat est honorable, même si ce n'est pas le livre du siècle, ce fut un bon entre-deux pour moi, qui me redonne envie d'ouvrir le roman originel....

 

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Chers disparus

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Chers Disparus - Claude Pujade Renaud - Éd. Actes Sud - 324 pages

 

Ce livre est arrivé presque par hasard dans ma bibliothèque: je l'ai acheté lors d'une foire aux livres au printemps dernier. Le nom de son auteur m'a accroché le regard; j'avais lu avec bonheur " Dans l'ombre de la lumière" . Le "Léonor Fini" de la couverture ne pouvait qu'attirer mon attention, j'ai toujours eu une fascination apeurée de ce peintre. J'aime les éditions Actes Sud.
Bref, une invite à la lecture que je ne pouvais pas refuser.

Le principe est bien rodé: dévoiler l'autre côté du miroir d'hommes célèbres, en ajustant la lunette à l'oeil de leurs épouses.

Ce sont donc les veuves qui s'expriment: Athénaïs Mialaret épouse Michelet, Fanny Van de Grift épouse Stevenson, Marguerite Monceau "Moreno" épouse Schwob, Marie Morneau épouse Renard et Charmian Kittredge épouse London.

On (re)découvre les auteurs, les souvenirs se heurtent à la mémoire.

 

" C'est en sortant d'elle que j'ai eu mes plus grandes idées "

Jules Michelet et l'historicisme ou comment apprendre à mettre l'histoire dans un contexte et la sortir de sa lecture chronologique et linéaire; mais voilà que l'on découvre un homme libidineux qui ne trouve l'inspiration que dans le sexe de son épouse frigide. On chemine avec Athénaïs dans ses souffrances de mère d'un enfant mort, ses refus, ses abandons dès lors qu'elle accepte son rôle de muse.

 

" Prends toute l'oeuvre:elle est tienne

Qui donc a fourbi l'épée, soufflé sur les braises somnolentes,

Hissé la cible toujours plus haut.

Avare de louanges, prodigue en critiques, qui, sinon toi?"

Robert Louis Stevenson et son style prolifique, qui s'avère être inspiré, soutenu, sollicité par son épouse. Ensemble ils iront au bout du monde, y vivront et y mourront. On apprend les secrets d'écriture de "L'Île au trésor" et la transposition si évidente des tourments de l'auteur dans "L'étrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde". On vit avec Fanny les dures années aux Samoa, semées de peurs, de doutes, de sueurs et de bonheurs.

 

"Je marche dans toi.

Je voudrais être tué par toi.Parce que la mort ce serait encore toi."

Marcel Schwob, auteur éclectique, malade, amoureux transi, passionné de Stevenson, époux d'une actrice de théâtre. Malade, fragile, on apprend qu'il entreprend un voyage sur les traces de son modèle Stevenson. Ses amitiés avec Colette, Jules Renard, Alphonse Daudet.

 

"Marinette paraît et la terre est plus douce aux pieds"

Jules Renard et "Poil de Carotte" reviennent immanquablement en tête, mais vite on déchante et on s'aperçoit que chez les Renard, il est question de reconnaissance non acquise, de transposition, de réglement de comptes, d'adultère et de relation incestueuse que l'on découvre au gré de la lecture que Marinette fait du journal monumental de son mari après da mort. Faut-il préserver la mémoire du défunt et faire censure ou bien transmettre les choses intactes?

 

"À ma femme très chère, dont j'aime les mains efficaces, ces mains qui ont tant travaillé pour moi, rapides et prestes; qui font naître une si belle musique; qui ont dirigé le Snark à travers des passes sauvages et des mers démontées, sûres et solides sur les rênes d'un pur-sang, douces et amoureuses lorsqu'elles caressent mes cheveux, fermes lorsqu'elles agrippent les miennes en bonnes camarades, apaisantes entre toutes. Ton mari et amant."

Jack London, enfin, rongé par son enfance, noyé dans le whisky mais qui ressucite dans les grands espaces nords-américains et devient loup. Aventurier avec Charmian à bord du Snark ou entre la rivière Klondike au Yukom (Canada) et leur ranch californienoù ensemble ils affrontent et dépassent leurs limites. Pour tenter de faire le deuil de leur fille Joy décédée et dont aucun autre enfant ne viendra combler le vide laissé, ils publient à 4 mains, lui écrie, elle corrige et dactylographie. Ils s'aiment infiniment, elle le raconte, il sait la protéger. Il est malade, alcoolique et dépendant aux opiacés et morphiniques, elle dissumulera sa mort en une ultime crise d'urémie alors qu'il s'agissait bien d'un suicide par over-dose.

 

Toutes ces veuves sont liées de près ou de loin par le rayonnement littéraire de leurs époux, mais aucune ne se connait. Elles s'appliquent, chacune, à honorer la mémoire de leurs maris pour garantir leur éternité et l'intégrité de leurs oeuvres offertes à la postérité. Chacune est pétrie d'admiration pour ces hommes, compagnons, amants, pères; chacune fait preuve d'abnégation pour laisser la place au génie créateur, mais les unes et les autres se sont réalisées dans ce lien d'amour dont elles se sont nourries, malgré toutes les souffrances, les peurs et surtout les maladies (avérées ou suggérées).

 

Confidences pour confidences, une fois encore, j'ai été agréablement emmenée par cette lecture. J'aime le style recherché et direct de Claude Pujade Renaud, cette façon qu'elle a de donner la parole aux femmes. On devient intime avec elles, on les écoute en amie parce qu'elles viennent faire vibrer cette corde empathique que l'on reconnaît quand on est femme et que l'on suppose quand on est homme. Confirmation faite que derrière chaque homme se cache une femme qui le fait devenir grand. 

Confidences pour confidences, de ces 5 auteurs je n'ai lu que "Poil de Carotte" et des écrits de Michelet. Et encore, au collège ou au lycée, il ne me restait donc que des souvenirs fades de lectures scolaires, imposées et dont je n'avais pas apprécié l'essence. À ma grande honte, je dois reconnaître que je n'ai pas même lu "L'Île au Trésor" ou encore "Croc-Blanc" et Marcel Schwob m'était jusqu'à lors complètement inconnu.

Confidences pour confidences, j'ai fait de jolies rencontres lors de cette lecture, hormis celle de Jules Michelet qui, mise en première position de l'ouvrage, a bien failli me faire refermer le livre (il y a des choses qu'on ne voudrait pas savoir!).


J'ai eu une véritable révélation à la lecture des impressions de Fanny Stevenson et Charmian London, j'ai envie de lire ces deux auteurs que je n'aurai sans doute pas du négliger...

"Chers disparus" est une bonne acquisition dans ma bibliothèque. Il est de ces livres qui nous font de bonnes surprises et j'aime ça!

 

 

 

 

 

 

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Des chrétiens et des Maures

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Des chrétiens et des Maures - Daniel Pennac - Éd. Gallimard - 95 pages

 

4ème de couverture:

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Bon, on ne rit pas.... Pennac fait partie de ses auteurs que tout le monde a lu...sauf moi!

Ben oui, en voilè encore un autour duquel je tourne mais à chaque fois la 4ème de couverture me fait reposer le livre... un autre dans la même catégorie: Eric-Emmanuel Schmitt ...
Bref, lors de la dernière foire aux livres de Trois-Rivières, ma main est tombée (c'est exactement le mot) sur un exemplaire de Pennac, tout neuf, jamais lu a priori...en tout as il ne laisse paraître aucun contact avec l'oeil humain ayant tourné une de ses pages.

Vu le prix, j'ose....

Très agréable rencontre avec le style de cet auteur, et une petite histoire bien loufoque, drôle et grave à la fois... on fait des balades dans l'ubuesque; c'est jouissif!  Si si, comme quoi! On redécouvre la magie du symbolique, de l'imaginaire, du mythe comme fondateur de la paix intérieure... et tout ça en 95 pages et en se marrant. Enfin, la magie du symbolique et tout ça c'est quand on arrête de sourire et qu'on passe en lecture deuxième niveau...

Du coup, je crois que je vais lire la Saga des Malaussène...

Bon, j'ai lu Pennac!

 

 

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