Frankie_Pratt

Le Journal de Frankie Pratt - Caroline Preston - Ed. NiL - 235 pages

 


Frances Pratt a 18 ans, elle habite Cornish dans le New Hampshire et reçoit en cadeau pour l'achévement de ses études secondaires une machine à écrire "Corona" de la part de son père.

Désireuse de devenir écrivain, Frankie (elle déteste Frances) commence un journal où elle va compulser photos, images, coupures de journal... 

Après la mort de son père , les revenus de la famille chutent gravement et bien que reçue à l'université de Wassar, Frankie doit renoncer. Elle prend un emploi de garde-malade chez une Mrs Pingree. 
Elle y rencontre James, fils de cette dernière, et c'est son premier grand amour. Mais le Capitaine a 15 ans de plus qu'elle; la mère de Frankie sépare le couple et demande réparation à Mrs Pingree qui offre 1000$ de dédommagement.

Frankie intègre alors in extremis l'université de Wassar avec une bourse étudiante.

Diplômée de l'université , elle décide en 1924 d'aller à New York (Greenwich Village) pour y tenter une carrière journalistique. Elle décroche un emploi de pigiste, embauchée par le magnat de la presse Bernarr MacFadden. Puis en 1926, après une déception amoureuse, elle s'embarque pour Paris rejoindre les bataillons d'artistes en herbe regroupés dans la capitale française et vivre sa Bohème.

Elle y retrouve des compatriotes, tombe amoureuse, crève la faim, boit, écrit....jusqu'à ce qu'elle doive rentrer à Cornish pour venir au chevet de sa mère mourante...

 

 

Quelle excellente surprise que ce journal! Sous-titré "roman graphique" mais dans son titre original "scrapbook", cet ouvrage est un vrai bonheur pour les yeux, pour sa fraîcheur, mais aussi pour sa profondeur. Le personnage de Frankie est de ces personnages féminin du sortir de la Grande Guerre qui annonce la rupture féministe et sent bon les suffragettes, Chanel, Joséphine Baker. Frankie est de cette génération de femmes prises entre fourneau et aventure, marmaille et émancipation. On devine la fragilité de la situation de ces femmes qu'un rien pour faire revenir vers la maison.

Au-delà d'un simple journal intime c'est un véritable recueil témoin des années folles aux Etats-Unis et en France. C'est aussi des clins d'oeil et des références aux grands noms de cette époque, connotations qui suscitent d'ailleurs l'envie d'aller voir ces personnages de plus près: Francis Scott Fitzgerald, Edna St Vincent Millay, James Joyce, Lindbergh...


Le style de l'auteure est vraiment travaillé afin de sortir du seul registre récitatif souvent commun aux journaux. C'est une narration vivante accentuée par les visuels. On passe un temps presque infini à regarder les illustrations mais on est aussi captivé par l'histoire de cette jeune fille et pris dans le dilemme de connaître la suite de l'histoire avant d'avoir détaillé les images.

Bien sûr je dirai, sans être péjorative, que c'est un livre de fille...bien qu'un lecteur masculin peut y avoir le sentiment d'entrer dans une partie de la sphère mystérieuse et secrète du sexe opposé... Mais ce n'est pas un livre "gnan-gnan", c'est un véritable roman.

Le pari était osé, l'essai est réussi. Ce fût un excellent moment de lecture!

COUP DE COEUR!