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"Chien Blanc" - Romain Gary - Ed. Folio - 220 pages.

 


4ème de couverture:


" C'était un chien gris avec une verrue comme un grain de beauté sur la côté droit du museau et du poil roussi autour de la truffe qui le faisait ressembler au fumeur invétéré sur l'enseigne du Chien-qui-fume, un bar-tabac à Nice, non loin du lycée de mon enfance.

Il m'observait, la tête légèrement penchée de côté, d'un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourrière qui vous guettent au passage avec un espoir angoissé et insupportable.

Il entra dans mon existence le 17 février 1968 à Berverly Hills, où je venais de rejoindre ma femme Jean Seberg, pendant le tournage d'un film."

Romain Gary aborde l'épineuse question Noire aux Etats-Unis, mais aussi la question du "star system", la question de l'oppression de l'homme par l'homme, de l'humanité, du pouvoir des uns et des espoirs des autres, d'un rêve de fraternité impossible. 

Gary nous fait part aussi, très largement, dans ce roman, de sa vie de couple tumultueuse et hors du commun; de ses questionnements d'homme public, diplomatique, d'homme de plume, de mari et de père. On retrouve ses thèmes de prédilection: la liberté, l'égalité, mais aussi la loyauté patriotique, l'amour, la mort, la fraternité même avec l'animal.

Encore un roman autobiographique de Romain Gary, croustillant de sarcasmes, de dures réalités et d'une analyse lucide des Etats-Unis des années 60 qui se déchirent entre guerre du Viet-Nam et assassinats de ses icônes, entre Blancs et Noirs; d'un monde qui fait voler ses valeurs comme autant de pavés sur la plage. Un roman qui se lit comme si nous étions assis au salon et que Gary faisait des confidences à un vieil ami. Un roman où les points de vue n'ont pas vieilli et dont la relecture, pour moi, prend une fois encore, une saveur différente de la fois précédente...

J'ai vielli, mon référentiel aussi, ma vision idéaliste des choses avec ...et puis oui,  c'est vrai que depuis, Obama est président des Etats-Unis... Mais surtout je prends doucement conscience, en relisant encore Gary, qu'il a figé son âge à 66 ans et que moi, doucement, je le rattrape; que finalement, avec le temps, on lâche prise sur ces choses auxquelles la jeunesse s'accroche. On en vient alors à des considérations moins géographiques et plus universelles. 

Avec "Chien Blanc" , le duo Gary-Seberg illustre bien ce clivage des générations. Avec "Chien Blanc" on voit bien que rien ne change au fond sinon les noms, les lieux et les couleurs... seulement ça...

 

Je ne peux encore une fois, et de façon complètement et délibérément subjective, encourager tout ceux qui n'ont pas lu Gary à le faire mais surtout, surtout à le REFAIRE, parce que chaque lecture est une nouvelle lecture... un nouveau bonheur!

Voici un excellent article biographique en cliquant sur l'image:

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Jean Seberg et Romain Gary

 

 

Une pléiade de citations:


"La fosse aux serpents est un endroit que j'évite soigneusement, lorsque je me rends au ranch: en regardant ce qui grouille, on a l'impression de contempler le fameux subconscient collectif de Jung, ce subconscient de l'espèce dans laquelle nous tombns en naissant, et c'est n spectacle assez déprimant." - p.16-17

" Il existe aujourd'hui une nouvelle casuistique qui vous dispense, à cause du Biafra, à cause du Viêt-nam, à cause de la misère du tiers monde, à cause de tout, d'aider un aveugle à traverser la rue." - p.30

"Je ne devrais pourtant pas leur en vouloir: ils ont deux siècles d'esclavage derrière eux. Je ne parle pas des Noirs. Je parle des Blancs. Ca fait deux siècles qu'ils sont esclaves des idées reçues, des préjugés sacro-saints pieusement transmis de père en fils, et qu'ils ont pieds et poings liés par le grand cérémonial des idées reçues, moules qui enserrent les cerveaux, pareilsà ces sabots qui déformaient jadis dès l'enfance les pieds des femmes chinoises." - p.60

"Je me méfie un peu des choses "qui s'arrangent". Cela fait parfois deux vaincus au lieu d'un seul." -p.72

"J'appelle donc "société de provocation" une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle dispose et qu'elle exhalte par le strip-tease publicitaire, par l'exhibitionnisme du train de vie, par la sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu'elle donne aux masses intérieures ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les besoins les plus élémentaires.

Cette provocation est un phénomène nouveau par les proportions qu'il aprises: il équivaut à un appel au viol." - p.98

"[...] je ne touche jamais ni à l'alcool, ni à la marijuana, ni au L.S.D., parce que je suis trop acoquiné avec moi-même pour pouvoir tolérer de me séparer d'une aussi agréable compagnie par le truchement de la boisson ou de la drogue. Mais je me soûle d'indignation. C'est ainsi d'ailleurs que l'on devient écrivain." - p.146

"De toute façon, il faut avoir de la chance pour être élu président des Etas-Unis. On l'a ou on ne l'a pas. Je sais qu'il y aura un attentat tôt ou tard. Pas tellement pour des raisons politiques: par rérèglement. Nous vivons à une époque d'extraordinaire contagion psychique. Parce qu'un type tue Martin Luther King ici, un "contaminé" à Berlin va immédiatement tenter de tuer un leader des étudiants allemands. Il faudrait faire une étuide profonde de la traumatisation des individus par les mass media qui vivent de climats dramatiques qu'ils intensifient et exploitent, faisant naître un besoin permanent d'évènements spectaculaires (...) . Et il faut bien dire que le vide spirituel est tel, à l'Est comme à l'Ouest, que l'évènement dramatique, le happening, est devenu un véritable besoin." - p.158

"Il manque aux Blancs et aux Noirs américains une communauté de malheur qu'ils n'ont jamais connus au cours de leur histoire, telles celles qu'ont connus les pays européens, un cataclysme fraternel." - p.183 .

C'est ce que je disais plus haut, depuis il y a eu le 11 septembre 2001, et l'élection d'Obama est devenue possible...

 

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Cette lecture s'inscrit dans le thème de mars du Cercle de lecture de Tête de Litote : "Histoire du peuple Noir"