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"Le Passeur de lumière" - Bernard Tirtiaux - Ed.Folio - 397 pages

 

Quel merveilleux choix que celui de Myriam d'avoir mis ce roman dans l'échange littéraire sur l'Art organisé par Tête de Litote !

 

Nivard de Chassepierre, apprenti orfèvre wallon du XIIème siècle, fils d'orfèvre et Chevalier croisé, part à la recherche d'une pierre manquante pour achever son chef-d'oeuvre en la matière d'une châsse. Il rencontre pour ce faire Rosal de Sainte-Croix, architecte, qui est à la veille d'un départ pour Constantinople où il doit, avec d'autres maîtres-chevaliers-croisés, récupérer les savoirs-faire et écritures des maîtres verriers et autres maîtres-artsans dans l'art de la construction des cathédrales gothiques.

Nivard, d'un caractère très rebelle, obstiné et indépendant, ne souhaite qu'accompagner cette caravane pour accomplir sa propre quête. Mais c'est sans compter sur les attaches que Rosal avait avec le père de Nivard. Très vite Rosal, voit dans l'apprenti-orfèvre le génie d'un verrier.

Alors commence l'instruction de Nivard à l'art de la lumière.

 

Ce roman, nous emporte sur les chemins peu sûrs du Moyen-Age, depuis la Wallonie jusqu'en Orient. Au gré des rapines, embuscades, chevauchées, étapes à Paris, St Denis, Clairvaux,  en Bavière puis à Constantinople, nous suivons les frasques, les mésaventures, les bonheurs de Nivard. Nous progressons avec lui dans la maîtrise de la lumière et du jeu des prismes, des couleurs, des rayons solaires et clartés stellaires.

Nous vivons une sorte de naissance de la passion dans cette vie peu commune parsemée d'amoures, de souffrances, de morts , de sacrifices, de découvertes par un homme mû exclusivement par sa quête du beau et du parfait tant dans son art que dans ses émotions.

Bernars Tirtiaux, lui-même maître-verrier, nous fait découvrir cet art lumineux qui fait des édifices gothiques leur grandiosité. Ces éclats de verre qui nous coupent le souffle tant ils filtrent ce qu'il y a de meilleur dans la lumière et qui la font céleste en la rendant divine.

La plume est poétique, elle reflète complètement la double passion de l'auteur pour les mots et le vitrail. Parfois très technique le vocabulaire est utilisé de façon si judicieuse qu'il ne fait aucun obstacle à la compréhension d'un novice. Mieux que cela, il semble l'instruire lui-même. Ce pourrait-ce qu'ainsi je sois devenue un peu maître-verrier?

En tout cas, il est certain, qu'à l'issue de cette merveilleuse lecture, et grâce à Nivard de Chassepierre, je ne regarderai plus les vitraux des cathédrales de la même façon.

 

Citation:

"Capricieux, rusé, pactisant avec les insaisissables fluctuations de l'heure, de la clarté et des saisons pour s'échapper sans cesse, le vitrail est la forme la plus sauvage de l'art, la plus imprévisible. La vitrail n'est que folie, métamorphose, floraison illusoire, jeu d'algues échevelées dans une rivière de lumière.

Dans le domaine du verre et de la transparence, celui qui se croit dompteur est dompté." - p. 335

 

 

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photo du net - gisant de la Basilique St Denis (France)

 

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photo du net: Vitraux de la Basilique St Denis (France)