Un Livre Improbable...
7 - Les clefs, c'est le pouvoir...
Comme chaque année pour les vacances de Pâques, Catherine part avec Maman, « le copain Jojo », Paul-Alexandre et Laure-la-petite-merveille, au ski. « Le copain Jojo » a un nouveau travail : c’est lui qui est le chef des architectes de la nouvelle station de ski la plus moderne de France. Il part toute la semaine et rentre le week-end. Catherine trouve que ce nouveau travail est très bien, le « copain Jojo » est loin.
Toute la famille le rejoint dans les Alpes en ce mois d’Avril.
Catherine ira au cours de ski niveau « Compétition ». Les cours que lui a dispensé Papa ont porté leur fruits, Catherine se débrouille comme un chef !
Après la journée de ski, tout le monde se retrouve dans l’appartement. C’est un petite appartement avec des lits superposés pour Paul-Alexandre et Laure-la-petite-merveille. Il y a une mezzanine où dorment les parents et Catherine dort sur un canapé dans ce qui sert de salle à manger.
L’immeuble est construit à flanc de montagne, si bien que lorsqu’on est au 5ème étage on peut sortit sur la piste de neige par le balcon. Tous les balcons communiquent entre eux, c’est rigolo, on a l’impression d’être au rez-de-chaussée à tous les étages.
Un soir, Maman et le « copain Jojo » confient à Catherine la garde de son frère et de sa sœur : ils sortent dîner en ville.
Catherine, comme à chaque fois, n’est pas rassurée.
Après avoir dînés, les enfants font un jeu et vont se coucher.
Paul-Alexandre et Laure-la-petite-merveille s’endorment vite. Catherine n’arrive pas à trouver le sommeil.
Vers minuit, elle entend le bruit de la clef dans la serrure. Ouf, Maman est de retour. Catherine feint de dormir.
D’un œil, elle constate que le « copain Jojo » est seul à rentrer. Mais où est Maman ? La petite fille ne bouge pas. Son cœur bat très fort, elle est inquiète de ne pas voir sa mère.
« Le copain Jojo » se couche dans l’autre canapé qui est dans la salle, près de la fenêtre qui donne sur le balcon. Catherine se dit que quelque chose d’anormal est en train de se passer. Elle attend, Maman va bien finir pas rentrer.
Un heure plus tard, Catherine entend gratter à la porte. Elle se lève.
- Maman ?
- Oui, ouvre moi sans réveiller le « copain Jojo ».
- Maman, la clef n’est pas dans la serrure !
- Cherche-la !
Catherine regarde partout pour trouver la clef. Elle ne la trouve pas. Comment faire rentrer Maman ?. Il lui vient alors une idée :
- Maman, passes par les balcons et je t’ouvres.
- D’accord ma chérie mais surtout ne réveilles pas le « copain Jojo ».
Quelques minutes plus tard Maman gratte à la fenêtre du balcon. Catherine est tremblante de peur. Et si le « copain Jojo » se réveillait ?
Doucement, Catherine tourne la poignée et entrouvre la porte-fenêtre du balcon. Elle sent alors une grosse main serrer son épaule et tonitruer « Referme immédiatement cette porte ! »
- Mais Maman est dehors !
- Je t’ai dit de refermer cette fenêtre et tu files dans ton lit.
« Le copain Jojo » immense derrière Catherine a des yeux horribles plein de haine. Terrifiée Catherine s’exécute et va se coucher. Elle sanglote impuissante pensant à sa mère dehors dans le froid. « Le copain Jojo » prend la clef de la porte-fenêtre et se recouche en la mettant sous son oreiller. Catherine ne fermera pas les yeux du reste de la nuit.
Tôt le matin, le « copain Jojo » part au travail et enferme les enfants dans l’appartement. Peu de temps après son départ, on gratte à la porte. C’est Maman ! Catherine lui explique que la porte est fermée, Maman lui dit d’aller chercher un double qui doit être dans un de ses sacs à main.
Catherine peut enfin ouvrir à sa mère qu’elle serre dans ses bras. Mais Maman n’a pas le temps de faire un câlin. Elle entre rapidement dans l’appartement, sort une valise et y fourre toutes les affaires : les siennes et celles des enfants. Catherine ne comprend rien. Elle remarque que Maman à un gros bleu à l’œil gauche et la lèvre enflée.
- Il faut que l’on rentre à Paris ma chérie. Réveilles ton frère et ta sœur on s’en va.
Sans oser poser la moindre question Catherine va lever Paul-Alexandre et Laure-la-petite-merveille. Les vacances de ski sont manifestement finies. Avant de partir, Maman passe un coup de téléphone :
- Il faut absolument de tu récupères Catherine, nous partons tout de suite, nous serons à Paris dans 8 heures environ, je t’appelle dès que nous sommes arrivés.
En un clin d’œil, tous sont dans la grosse Mercedes, ils n’avaient pas pris toutes leurs affaires. Maman a démarré, une heure plus tard peut-être ils roulent sur l’autoroute, derrière eux les Alpes magistrales les éclairent de leur blancheur. Catherine a le sentiment de vivre quelque chose de grave.
Huit heures plus tard, Papa était là, en bas de l’immeuble du XIIème arrondissement. Maman ne lui a rien expliqué, elle lui a simplement lancé « Nous nous sommes disputés, prends Catherine pour le reste des vacances, le temps que ça se tasse ». Il n’a pas eu le droit à plus de détails, pas plus que la fillette.
Il a rassuré sa petite fille en lui promettant qu’ils allaient bien s’amuser.
Catherine est prise d’une sensation bizarre. Comme si elle savait ce qui se passait sans vraiment le savoir ni tout comprendre. Elle fait un effort pour recenser tous les éléments qui lui permettraient de s’expliquer la fuite qu’elle venait de vivre. Les yeux fermés, elle tenta de se remémorer ce qui jusqu’à aujourd’hui la gênait dans sa vie quotidienne avec Maman et le « copain Jojo » . Une multitude de bruits, de parole sourdes lui vinrent en tête, des images enfouies surgirent de sa mémoire. Ces cris aigus, ces bruits de coups : « arrêtes tu me fais mal ! » « viens ici, je vais te tuer ».
Catherine a horreur des bruits de dispute, elle vient de comprendre pourquoi.
Elle n’a pas pu ouvrir la porte à sa mère, elle se jure d’être toujours là et d’avoir les clefs.
(extrait d'un livre improbable, gardien de souvenirs tels que la mémoire les restitue)
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