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La Part Manquante
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La Part Manquante
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20 septembre 2009

Sans crier...

Encore une nouvelle rubrique pour mettre en mots mes interrogations, mes réflexions, mes ressentis sur le monde qui m'entoure, les choses qui m'agacent, les évènements que je vis....Des mots pour un présent et pour un futur...


Il s'est sans doute passé quelque chose sur les Plaines d'Abraham

Depuis le début du mois de septembre, la presse écrite et parlée québécoise est animée et happée par un "Moulin à Paroles".

Que va-t-il donc se passer les 12 et 13 septembre 2009 sur les Plaines d'Abraham dans le Vieux Québec?

Le 13 septembre 1759, les canadiens français sont défaits par les troupes d'invasion britanniques; Québec tombe sur les Plaines d'Abraham et avec elle la fin de la possession française dans cette partie nord-est de la Nouvelle-France,  avec elle aussi s'amorce le début de l'histoire indépendantiste du Québec...

Janvier 2009 - Le gouvernement fédéral canadien annonce la reconstitution de la Bataille des Plaines d'Abraham, pour célébrer le 250 ème anniversaire de l'affrontement.
Jusque là, tout aurait pu rester un évènement culturel remarquable si seulement il ne s'était pas agi d'Histoire, de bataille et de défaite, si seulement il ne s'était pas agi de vainqueurs et de vaincus.
L'affiche officielle de l'évènement montre deux figurants dans les rôles des généraux Montcalm (français) et Wolfe (anglais), souriant et se serrant la main. La symbolique de l'affiche se voulait sans doute celle d'une réconciliation, mais la vérité de l'Histoire ne peut pas tolérer une pareille distorsion.

Que signifie une telle reconstitution? Car cette bataille est la victoire des anglais et la défaite des  québécois. Comment marquer un tel évènement dans un pays où la question de la partition reste en suspens depuis 250 ans? Comment les québécois souverainistes en peuvent-ils pas y voir une provocation du gouvernement fédéral?

Une reconstitution historique, en soi, est une façon de faire revivre et comprendre l'Histoire d'un peuple. Ce type d'évènement est très en vogue actuellement partout dans le monde. Ainsi on peut, ici ou là, assister "grandeur nature" aux batailles de Hastings, Trafalgar, Waterloo, Austerlitz....Mais aujourd'hui, les pays belligérants de ces guerres d'hier sont dans une situation géopolitique sans équivoque. Et c'est là la différence majeure!

Car enfin, quel peuple, se considérant colonisé et soumis, accepterait de commémorer une défaite sinon pour en souligner ses conséquences funestes, de son point de vue?

Voit-on une reconstitution historique de la bataille de Sterling où les Anglais ont été défaits par les "paysans Ecossais"?

L'hiver dernier, une nouvelle "bataille des Plaines" s'est engagée, menée et gagnée par des indépendantistes québécois, face au gouvernement fédéral. La Reconstitution de la Bataille des Plaines n'aura pas lieu.

Mais la voix des néo-canadiens français ne s'est pas tue pour autant. Elle a voulu, à sa manière, raconter l'Histoire de son pays depuis la Nouvelle-France jusqu'à nos jours, en illustrant le 250 ème anniversaire de la Bataille des Plaines , par la lecture de textes du patrimoine littéraire québécois...le Moulin à Paroles voyait le jour.

Jusque là, tout aurait pu rester un évènement culturel remarquable si seulement il ne s'était pas agi d'Histoire, de bataille et de défaite, si seulement il ne s'était pas agi de vainqueurs ou de vaincus.

Car comme une traînée de poudre, la confrontation inévitable s'est propagée, devenant exclusivement une question politique. La scission entre les lecteurs pro-canadiens et les lecteurs pro-québécois indépendantistes a pris le devant de la scène. La question de l'indépendance même si elle peut sembler utopique encore rend les parties fébriles et réactives.

L'Histoire au Québec et sa transmission ne font pas l'unanimité. Il y a l'Histoire des vaincus et l'Histoire des vainqueurs.
L'Histoire du Canada et sa transmission ne font pas l'unanimité. On la voudrait commune à tous les canadiens, c'est à dire commençant en 1759. C'est à dire amputée de 225 ans , c'est à dire privée des ses pages autochtones et françaises. Et manifestement , on la voudrait lisse, sans vague, sans danger.

Evoquer l'Histoire au Québec, c'est chaque fois rouvrir les plaies de l'indépendance rêvée pour certains, refusée par d'autres. Mais chaque fois, je constate qu'elle est l'élément fédérateur des uns et des autres dans sa reconnaissance et sa réhabilitation ou dans sa banalisation, voir son oubli.

C'est ce qui s'est passé ces 12 et 13 septembre 2009, 250 ans après la bataille perdue par les canadiens français: les lecteurs invités pour l'évènement, opposés à la séparation du Québec, ont décliné l'invitation, arguant de ne pas vouloir partager la scène avec certains autres lecteurs indépendantistes.

Après une dizaine de jours de polémique stérile, de joutes verbales souvent puériles, d'insultes et de diffamations, visant pour les uns à faire avorter la réunion et pour les autres à la maintenir comme on défend légitimement une citadelle, Le Moulin à Paroles a accueilli plus de 80 lecteurs majoritairement sympathisants à l'indépendance du Québec.

Jusqu'au bout, l'opinion publique ne pouvait parier sur le maintien de l'évènement, tellement la tension politique était à son comble, mais les organisateurs bénévoles ont tenu la distance.

Je suis allée à Québec, sur les Plaines d'Abraham ce 12 septembre 2009, bien décidée à découvrir autrement l'Histoire du Québec à travers les écrits de son patrimoine littéraire.

Le choix des textes n'était pas, de mon point de vue, si partisan qu'on voulait nous le laisser penser. Il laissait la parole à tous les bords politiques, militaires, intellectuels, populaires, de 400 ans d'Histoire, depuis les écrits de voyage et de découvertes de Jacques Cartier (1534) jusqu'au discours récents des protagonistes de la scène politique, en passant par des poèmes des écrivains québécois, des chansons traditionnelles amérindiennes, des pages de journal personnel de colons français, "A la Claire Fontaine", du théâtre, de l'humour, de la satire, le Général de Gaulle, de la révolution...

Je me suis retrouvée assise sur une esplanade de gazon au milieu de milliers de québécois et de touristes, à entendre et à écouter plus de 120 textes pendant dix heures de temps.

Je me suis retrouvée au milieu d'une foule respectueuse, recueillie, attentive à son Histoire dans ses moments heureux, tragiques, révolutionnaires, dans ses moments d'espoir, de doute et de colère.

Je me suis retrouvée au milieu de personnes vivantes et sans doute lucides de la complexité de leur Histoire, de ses enjeux et de son avenir.

Je me suis retrouvée au milieu d'une foule fédérée, manifestement heureuse de retrouver son Histoire, heureuse de l'avoir faite collective pendant vingt-quatre heures, heureuse de se réapproprier les richesses de sa culture métissée par une Amérique indienne, une Vieille-France lointaine et une Nouvelle-France déchue, une empreinte anglophone et une exception québécoise à défendre.

Je me suis retrouvée au milieu d'hommes et de femmes perçus comme minoritaires parce que sympathisants ou actifs dans l'indépendance du Québec, qui ce soir là étaient majoritaires, réunis dans l'intérêt qu'ils portent à leur pays, rassurés de constater qu'ils existent et qu'ils sont capables de se reconnaître et de se rassembler.

Il est des jours où le soleil se lève autrement sur un peuple; il est des jours qui marquent son Histoire et j'ai le sentiment d'avoir vécu un de ceux là.

Sur les Plaines d'Abraham, ces 12 et 13 septembre 2009, il me semble que l'Histoire a retrouvé la Mémoire...



quelques liens (non exhaustifs) pour entendre des extraits du "Moulin à Paroles":
Publicité pour l'évènement
Ouverture
La bottine (chanson folklorique)
La déportation des Acadiens
Les avantages de la conquête
Lettre de Chevalier de Lorimier
Speak White
Le manifeste du Front de Libération du Québec
Discours de Pierre Bourgault
Lettre à Jérémie
La force du désir (clôture)

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Commentaires
H
Connaître et comprendre l'histoire d'un pays surtout si l'on y vit est intéressant et nécessaire pour comprendre les coutumes et le style de vie de sa population. On doit se forger une opinion personnelle et pour y parvenir, ce genre de commémoration pourrait être un bon moyen, si les politiciens par orgueil ou profit et que sais-je encore, ne venaient utiliser ces manifestations pour se faire valoir ! Heureusement qu'il existe une poignée d'hommes (et femmes bien sûr) pour rester vrai, sincères. Ces derniers ont fait que cette journée fut mémorable pour toi.<br /> Bizzz Hélène
Z
C'est là que je m'aperçois que je suis nulle en histoire et que je n'y connais pas grand chose... ce devait être une journée exaltante je pense.
P
je crois que c'est un des trucs qui me manquent le plus du Québec! Ces rassemblements, qui nous unissent quelques heures autour d'une même envie... partager!
L
C'est toujours intéressant de comprendre l'histoire de l'endroit où l'on vit à condition qu'elle soit racontée de façon objective.<br /> Malgré la polémique qui les entourait, il est bien que ces journées se soient passées sans heurt, sans violence, dans le respect et la mémoire du passé.<br /> Une nouvelle leçon d'histoire à retenir pour nous Français du Vieux Continent qui ne découvront l'histoire de leurs colons qu'au travers de romans comme "Louisiane" par exemple et des récits comme celui dont tu nous fait si bien profiter ici.<br /> Bonne journée et grosses bises
L
Une commémoration respectueuse au milieu des tensions. Je comprends ton sentiment d'évènement important.
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