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Dans l'ombre de la lumière - Claude Pujade-Renaud - Actes Sud - 297 pages.

 

«Elle a vécu une quinzaine d’années avec celui qui deviendra saint Augustin. On ne connaît pas son nom. On ne sait pas ce qu’elle est devenue après avoir été répudiée par l’homme aimé. Et qui l’aimait. Certains biographes de saint Augustin suggèrent que, peut-être, elle serait entrée dans une communauté de femmes chrétiennes. Fait sur lequel on ne détient aucune trace historique.
Cette “fin édifiante” ne me plaisait pas. D’où le désir d’imaginer pour cette femme un tout autre itinéraire, dans cette ville de Carthage où l’homme aimé, devenu un évêque célèbre, vient parfois prêcher. Sur le couple. Sur la grâce et le péché. Sur l’effondrement de Rome. Elissa demeure discrètement dans l’ombre et le silence, mais aspire à la lumière, fidèle au manichéisme partagé autrefois avec Augustinus (j’ai préféré conserver le nom latin, plus chantant). Et c’est seulement après avoir achevé ce roman que j’ai compris combien certains traits de ma mère avaient nourri le personnage féminin de ce roman.
Le hasard m’a fait naître en Tunisie. Sans doute ai-je eu le désir, sur le tard, d’inventer une histoire se déroulant dans cette contrée qui, à l’époque de saint Augustin, était une province romaine où s’affrontaient, tumultueusement, païens, manichéens, juifs, chrétiens. Seize siècles plus tard, les dieux et les hommes ont certes changé mais les conflits persistent, tumultueux.»

Claude Pujade-Renaud

 

4ème de couverture:

Dans la vie de saint Augustin se tient une ombre, une femme, nommée Elissa dans le roman, qui partagea sa foi manichéenne, fut sa concubine, lui donna un fils, vécut avec lui à Carthage, Thagaste, puis en Italie où le jeune rhéteur la congédia de son existence...
Quand Elissa prend la parole, aux premières pages de ce livre, presque douze ans ont passé depuis sa "répudiation". Revenue vivre à Carthage, elle s'est liée d'amitié avec un couple dont le mari, Silvanus, a pour métier de consigner sur des parchemins les discours d'avocats, rhéteurs ou prédicateurs. C'est par lui qu'elle apprend le passage prochain à Carthage d'Augustinus, désormais évêque d'Hippone...
Roman tout en miroitements, par lequel une vie scintille dans une autre, ce livre aux accents d'anti-confessions passe au crible de celle qui sait les débuts puis la carrière du saint homme. La mémoire d'Elissa est tenace, en elle la fidélité l'emporte sur la désillusion. Et l'auteur excelle à revisiter les textes augustiniens, interpréter les silences, traquer les demi-aveux, pressentir les non-dits, déchiffrer l'insidieuse pesée du lien maternel, restituer l'intime, effleurer la peau des souvenirs...
Avec ce portrait en creux d'un "cher disparu", Claude Pujade-Renaud réplique à l'histoire officielle, témoigne pour le témoin qu'est Elissa, et poursuit sa réflexion – constante dans toute son oeuvre – sur les coulisses des pouvoirs... temporel et spirituel.

 

Mon impression de lecture:

Le sujet ne m'est pas familier, je ne connais pas St Augustin sinon pour ce qu'il est le père des préceptes ''modernes'' du catholicisme. C'est à peu près tout ce que j'avais en tête.
C'est donc tout une découverte pour moi, et j'avoue que faire la rencontre de ce philosophe chrétien par le biais de sa plus grande faiblesse, sa plus grande souffrance, son plus beau plaisir, son immense péché fut plus que séduisant, fascinant.

Supposer cette femme inconnue, tombée dans l'oubli, emportée dans l'ombre de l'Histoire par la révélation de Dieu faite à un homme d'esprit, c'est comme comprendre autrement la symbolique incarnée du péché originel, et reconnaître une fois encore à la femme la puissance de son pouvoir dans le sacrifice fait à l'homme.

En écoutant le récit en deux tons d'Elissa, j'y ai reconnu des femmes, nombreuses...une part de chacune, une part de moi. 

Si le style de l'auteure peut être déconcertant en début de lecture, car elle rapporte l'histoire d'Elissa comme une confession de cette dernière à la fois dans le passé et le présent, très vite j'ai écouté la voix d'Elissa portée par ma lecture.

Impossible alors de laisser le livre à moins de s'y contraindre vivement.

Au delà du roman, j'y ai entre-aperçu des notions philosophiques très floues à mon esprit, la lecture de ce livre me donne envie de voir plus loin sur les chemins de St Augustin et à travers lui ceux de la chrétienté lorsqu'elle était encore organisée en sectes (Catholiques, Manichéens, Ariens... ) Pourtant plus de 300 ans séparent le Christ d'Augustinus de Thagaste dit l'Evèque africain. Une aventure qui va toucher à la spiritualité m'attend sans doute...

 

'' Parfois je ne sais plus si je t'aime. Ou si je m'aime moi t'aimant'' - page 161

 

C'est une lecture coup de coeur!