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L’orage (nouvelles) – Romain Gary – Ed. L’Herne 2005– 215 pages

 

7 nouvelles écrites entre 1935 et 1970, publiées dans différentes revues ou inédites, regroupées dans un seul recueil pour le plus les perdre.

L’orage (1935)…Indochine ? Guyane ?  Jungle tropicale, chaleur, moiteur, désespoir, lourdeur de l’air trop saturé… Un médecin isolé, sa femme, un intrus…et tout bascule !

Une petite femme (1935)… Afrique ? Asie ? Jungle, campement d’ingénierie, tribu locale, un pont, une femme, un tourne disque, l’amour, le sacrifice…

Géographie humaine (1943)… L’Angleterre, camp d’aviation, retour de mission, une carte…des hommes, des morts, des repères absurdes…

Sergent Gnama (1946) … Tchad, 1941, un Noir chante des paroles qu’il ne comprend pas, un homme, une langue, la loyauté…

Dix ans après ou la plus vieille histoire du monde (1967)… Des hommes, des vies, l’Histoire qui se construit sans qu’on la voit nous défaire…

Le Grec (1970) … Grèce sous le régime des colonels, la mer, un homme, un défi, une cause…

A bout de souffle (1970) … un homme, un hamburger, une femme, la mort, la vie…

 

Il y a longtemps que je cherchais ce livre, c’est à 5000 kms de Paris que je l’ai lu ! Quels bonheurs à chaque nouvelle ! L’avant propos d’Eric Neuhoff résume tout.

Que dire de différent, sinon que je suis époustouflée de lire des textes de 1935 alors que Gary n’avait que 21 ans et découvrir une écriture si aboutie déjà ! Reconnaître la plume du futur double Prix Goncourt dès ses premiers écrits ! Admirable de génie !

Au gré des nouvelles proposées ici, on retrouve en filigrane les personnages de Gary, développés dans les romans qui suivront. On retrouve également ses thèmes favoris comme la loyauté, la fraternité qu’il a beaucoup développé pendant ses années au service de l’aviation militaire. On devine son obsession du suicide, qui le fascinera toute sa vie et qui aura raison de lui. On croise la peur de la vieillesse, qu’il a toujours refusé. Et l’amour des femmes , séducteur qu’il était.

En lisant ces nouvelles j’ai re-croisé les Racines du Ciel, Clair de Femme, L’angoisse du Roi Salomon, Au-delà de cette limite…, L’Homme à la Colombe, La Danse de Gengis Cohn…bref tout ce qui sera et a été Gary, avec son génie, ses peurs, ses certitudes, ses questions.

Un style à la fois précis, alambiqué, chargé d’adjectifs et efficace. Un rythme soutenu pour des nouvelles. Car souvent je suis frustrée par cette forme d’écrit qui ne me laisse pas le temps de m’acoquiner avec les personnages, explorer les lieux. Ici, chaque fois, le texte est suffisant et aucune frustration à l’horizon !

Celles que j’ai préféré : L’orage, La petite femme, et A bout de souffle. Qu’on ne se méprenne pas sur cette dernière nouvelle, qui n’a rien à voir avec le film de Godard sinon le titre …et Jean Seberg qui fut l’actrice principale de ce long métrage et l’épouse de Gary, que l’on peut supposer dans la nouvelle…

 

Citations :

«  - Pourquoi appelez-vous ça un fuckburger ?

     - Parce que c’est le meilleur qui soit.

Je goûtai le viande. Un hamburger tout à fait banal, avec un peu de poésie autour . » - p.45 (« A bout de souffle »)

 

« C’est une drôle de question, d’ailleurs, tu fais quoi dans la vie ? Vous l’a-t-on déjà posé ? C’est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas ; elle met la vie en minorité, si l’on peut dire, elle la relègue au deuxième rang, comme si ce n’était pas assez d’être vivant, comme s’il fallait encore payer un tribut. » - p.143 (« Le Grec »)