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Lady L – Romain Gary – Ed. Folio de 1985 – 250 pages

 

Lady L., octogénaire lasse mais encore très malicieuse, décide, le jour de son anniversaire, de raconter sa vie d’anarchiste devenue noble de la Cour Victorienne, à son fidèle ami qui la porte aux nues.

Elle fait, par ce récit des aveux époustouflants. Ses révélations prouveront à Sir Percy Rodiner, son confident, qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

 Annette Boudin est née à Paris à l’époque florissante de Bakounine et Kropotkine. Elevée dans les idées ultra-anarchistes de son père, elle se jure de faire tout le contraire pour se venger de cet idéal qui a fait oublier à ce dernier de s’occuper de sa famille avec décence. C’est ainsi, que livrée au commerce de ses atours , dans les rues parisiennes, elle est approchée par le roi des Apaches, Alphonse Lecoeur, qui la présente à Armand Denis, chef des anarchistes en France. Leur histoire d’amour passionnelle sèmera les bombes en Europe et sera à l’origine de l’ascension sociale d’Annette.

Comment opérera-t-elle sa vengeance ?

 

 Difficile d’écrire sur un roman beaucoup lu et beaucoup chroniqué.Difficile d’écrire sur un roman dont on vient d’achever la lecture pour la 8ème fois. Difficile d’écrire sur un des romans de son auteur favoris en gardant l’objectivité nécessaire pour ne pas tomber dans la tirade trop dithyrambique !

Heureusement Lady L n’est pas le roman que je préfère de Romain Gary.

Enfin, il y a en a-t-il un que je n’aime pas ?

 

Lady L est un conte : une pauvresse tirée du ruisseau, un Prince Charmant un peu mauvais garçon avec des yeux à tomber à la renverse, de l’action, des rebondissements, de l’amour avec un grand A, de la passion, des trahisons, de la sagesse, des richesses, de la noblesse… Les gentils sont gentils jusqu’à temps qu’ils deviennent méchants et on se surprend à aimer les méchants qui finalement sont légitimement méchants !

Une histoire qui finit bien si on y réfléchit comme il faut…

Lady L est un conte je le maintiens !

 

Le style de Romain Gary, pour ce roman, est celui, typique, du conteur qui monte le ton, le baisse pour les confidences, sait ponctuer ses silences et ses sous-entendus. C’est un style parsemé d’humour car c’est un conte caricatural et humoristique. Quand on lit Lady L on rit, ont sourit, puis on rit encore ; là grâce à cette vieille dame, ici grâce à ce vieux Sir so british ! Ici encore grâce à René-la-Valse archétype du p’tit gars de Paris qui partira au violon avant de se retrouver dans la Seine…

 

Citations:


" Gouverner était un métier d'intendant et il était normal qu'un peuple choisît ses domestiques, c'était après tout cela la démocratie." - p.23

"Elle ne pleurait jamais. Les larmes étaient pour elle le privilège des gosses de riches. Un jour, quand elle en aurait les moyens, elle allait pouvoir pleurer, elle aussi, mais pour l'instant il n'était pas question de se payer ce luxe." - p.42

"(...) Ce n'est jamais lorsqu'ils enlèvent leur culotte que les hommes font du mal...C'est la morale bourgeoise, ça. Non, pour leurs vraies saloperies, les gens s'habillent. Ils se mettent même en uniforme, ou en jaquette. Personne n'a jamais fait grand mal le cul nu..." - p.210

 

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(clic pour écouter Romain Gary parler de Lady L.)

 

Gary c’est une écriture différente pour chaque roman, c’est ce qui fait son génie. Gary c’est un style propre à chaque personnage ! Car quand Gary écrit ce n’est plus l’auteur qui se livre au gré des mots, ce sont les personnages qui prennent la plume en otage !

 

Lisez un Gary, lisez deux Gary, vous ne pourrez pas dire qui est Gary, parce que Gary c’est autant de traits de personnalité que de personnages de son œuvre ! Gary c’est un caméléon, c’est ce qui le rend éternel !

 

Avant-hier , le 2 décembre nous avons commémoré le 32ème anniversaire de sa disparition survenue en 1980.

Jeune adolescente, Lady L a été le premier roman que j'ai lu de Gary, c'était en 1979. J'ai eu l'immense honneur de faire sa connaissance en janvier 1980, alors qu'il avait accepté de rencontrer la moitié de ma classe de 4ème. Je faisais partie des heureux élus. Ce fut, je crois, LA rencontre de ma vie, celle qui a laissé des traces indélébiles qui ont participé sans nul doute à façonner l'adulte que je suis. Je n'oublierai jamais la phrase qu'il nous avait lancé: "Vous êtes les racines du ciel...!"

Vous l’avez bien compris, j’aime Romain Gary !