Tendres_stocks

Tendres stocks - Paul Morand - Coll. L'Imaginaire - Ed. Gallimard - 99 pages.

 

J'avais quelque part dans ma mémoire la lecture d'extrait de "L'homme pressé" de Paul Morand. J'avais quelque part dans ma mémoire un Académicien, diplomate, homme politique à la renommée ambiguë et aux positions controversées. J'avais dans ma mémoire un style moderne, allégé de tout superflu de la langue française, un style précis, un style efficace où les mots choisis laissent toute la place à la pensée, à la philosophie.

J'ai tiré "Tendres Stocks" de l'étagère de la bibliothèque, par hasard sans doute parce que je me baladais dans l'allée des M.

"Tendres Stocks" est venu à moi.

 

3 portraits, 3 femmes, 3 rencontres, 3 profils, 3 personnalités, 3 destins.

Londres . 1914 . La guerre. 

Clarisse . Delphine . Aurore.

La première est passionnée, voluptueuse, libertine, mystérieuse. L'amante.

La seconde est encarcannée, pieds et poings liés dans les conventions, déroutée sur les chemins de la débauche. La Folie .

La troisième est étrangère, sauvage, féline et épurée . La Liberté.

 

Trois femmes à la rencontre d'un homme que l'on peut supposer le même tour à tour, se révélant en miroir de ces trois apparitions.

 

J'ai beaucoup aimé ce recueil de récits. Le style tient sa promesse de donner au lecteur des images rapides, comme on regarde des diapositives et où l'oeil ne perçoit que l'essentiel.

Un livre dense et condensé.

Un livre où parfois, au gré d'un paragraphe, on ne peut réprimer un soupir de plaisir tellement l'idée est vraie!

Du bon et du grand Morand pour ce recueil.

 

Citations:

" - C'est une curieuse chose, dit-elle, que d'être d'un milieu. On ne sait comment cela commence, bien qu'après, on ait l'impression que cela fut, par des forces mystérieuses, combiné d'avance. Emmenée quelque part, on y retourne le lendemain et c'est une cercle magique qui se referme. L'ont vit dans l'intimité des gens qu'on ne connaissait pas et qu'on aurait jamais choisis. C'est la période où on s'amuse beaucoup, où la camaraderie, une bonne humeur générale, l'échange d'élans vitaux, font du groupe un personnage utile pour lequel on néglige peu à peu, sous de divers prétextes, tout ce qui n'en fait pas partie. Puis des fissures apparaissent. Les éléments les moins bons semblent naturellement prendre le dessus. On est lié par des répulsions, des inimitiés, sans parler des tendresses. On veut enfin, sinon se retirer, du moins mettre entre les autres et soi un peu d'espace. Il n'est plus temps. Un contact est né, absolu, tacite. On veut lutter seule, voyager, se distraire; mais le groupe est là qui veille; sous forme d'injonctions, d'occasions, il vous retrouve, vous attend chez vous, vous reprend; tout en dehors de lui semble inacceptable, hors d'atteinte. On ne communique plus qu'entre initiés par des mots singuliers qui sont un langage. Tous cela encore ne serait rien si un jour, sous influence d'éléments dangereux ou plus endurcis, qu'on devine venir d'autres groupes aujourd'hui dispersés, on n'arrivait à une révision totale des données de la conscience, à une remise en question de tout, jusqu'au bord du néant." - Delphine , p.70

 

" - Tout ce qui m'arrive, dit-elle, c'est par orgueil.

J'attendais ce mot lamentable que toutes les femmes ont à la bouche et par lequel elles définissent leur humilité." - p.72

 

 

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