J'ouvre le bal !

 

Le_brigadier_de_Gosley 

Le brigadier de Gosley 

Caroline Moreno – Ed. Trois-Pistoles - Québec

 

Epoustouflant ! Autant le dire d’entrée . Déroutant, surprenant c’est certain, dérangeant peut-être ?

 

Quelle trouvaille j’ai fait là pour ce petit livre coincé entre deux gros livres dans la rangée des M de la bibliothèque du Centre-Ville !

 

La 4ème de couverture  est loyale :

 

«Il suffit de si peu 
pour se sentir vivant. 
Il suffit d'un malheur. 
Celui des autres. » 

Gosley est un petit village comme il y en a tant au Québec : quelques pâtés de maisons, une église, une laiterie, un dépanneur, une école et des champs où s'amusent les enfants. 

Il ne se passe rien, du moins en apparence, car les pulsions de vie et de mort y sont souterraines. 

La disparition subite du jeune Aurélien Cotton, son viol et sa mort obligent tous les habitants de Gosley à sortir du monde des ombres dans lequel ils vivent pour trouver réponse à la question : «Qui est l'auteur d'un crime aussi sordide et pourquoi l'a-t-il commis ? » 

 

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Vital Lubin nous parle tout au long du roman, interrogé par les inspecteurs de Police sur le drame qui vient de se produire à Gosley, un village de région. Il nous parle de sa place d’employé municipal et homme à tout faire de la communauté.

Témoignage ? Eclairage ? Déposition ?. Vital Lubin passe chaque habitant de Gosley, y compris lui,  au crible de ses observations. Il nous parle des habitudes, des travers de chacun comme font les commères des petits villages qui ont quelque chose à dire, quelque chose à penser d’untel et de l’autre. 

On lit d’abord le roman comme on écouterait une brève de comptoir, on commence même la lecture de la place du narrateur, puis lentement, on comprend où on risque d’arriver, alors on change de fauteuil, on se pose les questions, tout bas. Et Vital Lubin répète et répond. On le suit dans les recoins de Gosley et on va là où il voulait nous amener. Alors notre lecture prend du champ et devient une lecture de spectateur…C’est en refermant le livre qu’on sait qu’on a enfin pris la place de lecteur.

 

Caroline Moreno nous embarque dans une histoire sordide avec des mots sans concession, glauques parfois, clairs, efficaces, ou d’autres fois teintés de poésie malgré la gravité du contexte. On tourne les pages sans s’en apercevoir…on écoute le récitant nous parler, on se voit tourner autour de lui, s’adresser silencieusement à lui. C’est un superbe dialogue auquel l’auteure nous a invité entre son personnage et nous lecteur ! 

Il se crée une sorte de lien tacite qui nous oblige, par loyauté et morale envers Vital Lubin, à lire TOUT , sans  se dérober, sinon ça serait du voyeurisme malsain !

J’ai vraiment aimé ce petit livre qui renferme un grand roman. Les émotions et sentiments qu’il a su faire émerger en 133 pages sont un tour de magie bien réussi ! J’ai particulièrement apprécié la façon dont l’auteure nous faire entrer dans l’histoire pour finalement nous faire sentir acteur à part entière, car il faut bien le reconnaître sans notre formulation des questions, Vital Lubin ne pourrait répondre ! C’est comme si on avait joué au Jéopardy , malheureusement la gravité et l’horreur de l’histoire est loin d’être un jeu…

 

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Citations :

 

«  Je crois pour ma part qu'il a fugué.
Parce que l'idée me plaît, voilà tout! Fuguer, c'est balancer son poing dans la figure de l'autorité, de cette déshumanité...
...terre d'exclus » p. 29

 

«  Elle a le rire facile. Les femmes grasses sont règle générale d’un naturel plutôt jovial. Plus une femme est décharnée, plus elle sera sèche et peu avenante » p. 30

 

« Les chiens sont fidèles, je ne vous apprends rien. Par contre, on leur prête une intelligence qu'ils n'ont pas. Les chiens ne sont pas intelligents, ils sont mieux que ça. Ils sont affectueux. » p. 37

 

«  Une journée sans fait divers et ils ont le sentiment que rien ne se passe. La vie bat son vide. » p. 50

 

«  Les gens vivent dans la crainte de mourir et ils appellent ça vivre ! » p.59

 

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Minou aussi a publié un billet. Elle dit:

"Je commence dès le premier jour avec trois petites lectures amoureuses : des anthologies sur la première rencontre, la déclaration et le baiser"

retrouvez ses impressions de lecture ICI



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